Ma vie est un chef d'oeuvre - 2014

 

Ma Vie Fabrice Gousset

© Photo Fabrice Gousset


Ma vie est un chef d'œuvre
est une création artistique conçue pour le 59ème Salon de Montrouge sous forme d’installation sur cimaise d’un ensemble d’impressions sur papier où je raconte, en 79 saynètes, les épisodes fondateurs de ma vie, illustrés par de très grands artistes, afin de donner à l’ensemble l’incandescence recherchée. Quelques extraits ci-dessous.

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 "Pour Dominique Cozette, la vie est un roman. Le sien. Celui d’une femme de la génération baby boom qui a traversé les illusions et désillusions de la deuxième moitié du xxe siècle pour aborder le xxie avec stoïcisme et humour. Lorsqu’elle écrit sa biographie, c’est sous forme de flashs, d’instantanés dans lesquels le futile côtoie le pathétique, avec une ironie jamais feinte. Avec une tendresse sans complaisance, aussi.
Mais l’on sent qu’elle cherche à tenir à distance les événements, à leur imprimer sa patte. Façon de dire « je reste au gouvernail », qui ne serait qu’une posture bravache si elle n’était dominée par une totale sincérité.
Alors, bien sûr, l’autofiction est passée par là. Et sa manière de saisir au scalpel des lambeaux d’existence. De les livrer sans fard, ou presque, à des témoins friands de la vérité des autres, crue, écartelée, triviale. Cozette cultive avec une pointe de coquetterie l’antihéros qui est en elle. Comme une fille de pub saurait le faire. Car, non contente d’avoir sacrifié avec docilité à tous les gimmicks, à toutes les expérimentations de sa génération – la vie en communauté exceptée –, elle exerça, entre autres, le métier sans doute le plus emblématique de notre société de l’hyperconsommation : publicitaire.
Le raccourci, la formule laconique, le slogan sont autant d’outils de sa propre propagande. Et plutôt que de convoquer les éphèbes et les prêtresses retouchées des magazines, elle confie à d’autres icônes, de l’art cette fois-ci, le soin de porter son message. De sa série Ma vie est un chef d’œuvre, on ne sait ce qui de l’autodérision ou de l’émerveillement l’emporte dans ses saynètes. Ces chromos et les commentaires qui les accompagnent tiennent d’ailleurs un peu, dans leur construction, d’un livre d’heures à l’ère du numérique. Car le fait de recourir à des reproductions de tableaux de maîtres renforce autant l’appartenance assumée de l’artiste à une génération warholienne – en quête de son quart d’heure de gloire – qu’elle accentue l’idée de décliner sa vie… en tableaux, justement. Série d’instantanés sauvés d’un continuum dont l’évocation n’échapperait pas aux lourdeurs de l’énumération ou du bilan comptable. Une existence réduite au pointillé, apte à ne pas lever tous les voiles.
Dominique Cozette est en phase avec sa civilisation déphasée : la peopolisation douce amère, la nonchalance lucide, la dévoration des possibles sont les signes évidents d’une grave légèreté. De celle qui s’illustrait dans la recommandation que le petit Sartre recevait de sa grand mère : « Glissez, mortels, n’appuyez pas »."
Par Christian Berst